L'IA qui paie ses sources
Perplexity AI a lancé un programme de partage de revenus de 42,5 millions de dollars destiné aux éditeurs dont le contenu alimente ses réponses. Le Publishers Program, adossé à l'abonnement Comet Plus (5 $/mois), reverse 80 % des revenus aux éditeurs partenaires — Perplexity ne conservant que 20 % pour couvrir ses coûts de calcul et d'infrastructure.
Comme l'explique le CEO Aravind Srinivas : « L'IA contribue à créer un meilleur internet, mais les éditeurs doivent être rémunérés. » Un discours qui tranche avec les pratiques habituelles du secteur, où les plateformes IA exploitent massivement le contenu web sans contrepartie.
Trois types de revenus
Le programme rémunère les éditeurs sur trois catégories d'utilisation distinctes :
- Trafic humain : visites directes vers les sites éditeurs via le navigateur Comet
- Trafic indexé : contenu cité ou synthétisé dans les réponses de recherche Perplexity
- Trafic agent : contenu utilisé par l'assistant IA de Comet pour accomplir des tâches
Chaque catégorie bénéficie d'une pondération différente, avec des accords adaptés à chaque éditeur. Les premiers chèques ont déjà été distribués, et Jessica Chan, responsable des partenariats éditeurs, estime que certains partenaires pourraient gagner « des millions » via ce programme.
Des partenaires de poids
Le programme a démarré avec TIME, Der Spiegel, Fortune, Entrepreneur et The Texas Tribune, puis s'est élargi à 15 nouveaux médias incluant ADWEEK, The Independent, Gannett, Los Angeles Times et RTL Germany. Le Monde a également signé un accord de partage de revenus en mai 2025.
Au-delà des revenus, les partenaires bénéficient d'un accès gratuit aux API Perplexity pour créer leurs propres moteurs de réponses, d'un abonnement Enterprise Pro d'un an pour tous leurs employés, et d'analytics détaillés via ScalePost.ai sur la citation de leur contenu.
Un contexte juridique tendu
Ce programme n'émerge pas dans un vide. News Corp a poursuivi Perplexity pour violation de copyright en 2024, et des accusations de plagiat ont été formulées par Condé Nast et Forbes. Le Publishers Program est présenté comme un moyen d'« aligner les incitations » plutôt qu'une réponse directe à la pression juridique.
Le modèle s'inscrit dans une tendance plus large : OpenAI a signé avec News Corp, Amazon avec le New York Times. La question n'est plus de savoir si les plateformes IA doivent payer les éditeurs, mais comment structurer ces paiements de manière pérenne.
Un modèle à surveiller
Avec 350 millions de requêtes mensuelles en septembre 2024 et une croissance rapide, Perplexity dispose de l'échelle nécessaire pour que ce modèle fonctionne. Si les 42,5 millions de dollars de la phase 1 ne résoudront pas les problèmes structurels de l'industrie médiatique, ils posent les bases d'un template reproductible. Le succès dépendra de la capacité du programme à générer des revenus significatifs pour les éditeurs — et à convaincre les sceptiques que l'IA peut être un partenaire plutôt qu'un prédateur.